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IL ÉTAIT UNE FOIS MON T-SHIRT

“Il est tout de même inconcevable de vendre un T-Shirt moins cher qu’un sandwich !”

Marie Nguyen de WeDressFair

Nous l’avons TOUS fait ! Oui, tous, vous, moi, mes parents, le plus grand défenseur de la mode responsable. Nous sommes tous déjà entrés chez H&M ou Zara, nous avons tous brûlés d’impatience à l’idée d’acheter ce tout nouveau petit haut à la mode. Peut-on vraiment nous blâmer pour cela ? Je ne pense pas. Cependant, pour vous comme pour moi, il est possible de changer nos habitudes. Je me suis donc questionnée sur l’histoire de nos vêtements… 

Vêtement, du latin vestimentum qui signifie “recouvrir le corps humain pour le protéger” (Larousse). Initialement, l’habit avait pour utilité de protéger le corps des agents et agressions extérieures. Pourtant, dès la période Gréco-Romaine (1), le besoin de pudeur et de distinction des plus riches a incité à l’intégration de certains codes vestimentaires. Laissant peu à peu la place à l’expressivité de sa personnalité par sa parure et l’augmentation de la signification des costumes (Par exemple, les culottes du XVIIIème siècle représentaient la noblesse et engendra le mouvement des sans culottes et la Révolution Française)(2)

Alors non, nos vêtements ne sortent pas de Terre, prêts à l’emploi. Mais je ne vous apprends rien. Vous êtes vous seulement déjà demandés comment ils sont confectionnés ? Quel chemin parcourent-ils pour arriver dans votre placard ? Parce que non, la petite étiquette vous indiquant d’où il provient ne vous dit pas tout sur ce vêtement, elle ne prend en compte que le lieu de production et d’assemblage (3). Quelle route prendront-ils le jour où vous aurez décidé qu’ils ne vous sont plus d’aucune utilité ? 

Jusqu’en 1960, les Etats Unis produisaient 95% de leurs besoins en vêtements. Aujourd’hui, ils n’en produisent que 3%… Voici à quoi ressemble aujourd’hui, la vie de nos habits…

1 | Premier stop : De la Terre au fil. 

Dans les champs, le coton en monoculture de d’Ouzbékistan, de Chine, d’Inde, du Texas, du Pakistan, du Brésil… (4) demande une irrigation intensive et une consommation importante de pesticides.

4% de l’eau potable disponible dans le monde est utilisée pour produire nos vêtements

ADEME

25% des pesticides produits dans le monde sont consommés pour la culture de 99% du coton de nos textiles

THE TRUE COST

Il faut donc des champs, des agriculteurs et beaucoup de ressources pour cultiver le coton de nos vêtements. Je ne m’étais jamais vraiment rendue compte que ce qui fait notre T-shirt, vient du sol. En y réfléchissant,  on réalise que (presque) tout vient de ces sols, que nous ne cessons d’agresser à grands coups de pesticides et de monoculture (ce sera l’occasion d’un article sur l’agriculture) et qu’il serait pas mal d’opérer un retour à la terre

Parce que nous avons également besoin de ces sols pour l’élevage des animaux qui produisent la laine (90% produite en Australie), la soie, la fourrure et le cuir, un retour à la terre est nécessaire. De même, les métiers de l’agriculture sont régulièrement critiqués, technicisé (5) et sous estimés. Ce sont eux qui sont la base de ce que nous portons sur les épaules et il ne faut pas oublier l’ampleur du travail nécessaire à la poursuite de cette tâche. Le coût de cette ressource humaine est dans d’innombrables cas, non pris en compte dans le coût de production de nos habits. Imaginez une seconde n’être payé que quelques centimes pour fournir 1 kg de laine, vous finirez par ne plus la vendre…

Attendez, le meilleur est à venir. 

Savez vous ce qui compose à 60% nos vêtements aujourd’hui ? La matière première la plus référencée sur nos habits ! Le Synthétique (6) ! Et d’où vient-il ? Du pétrole, et oui, encore un secteur où le pétrole tient bien sa place…. Pour fabriquer 1kg de polyester il faut 1,5 kg de pétrole, et bien, ils consomment ces T-shirts… 

2 | Il faut que ça file droit pour tisser, teindre et ennoblir le textile.

Après la récolte ou la tonte, il est temps d’entamer les étapes de transformation. Un premier voyage s’impose (si on ne prend pas en compte le transport du pétrole, des produits chimiques et de l’alimentation des bêtes d’élevage…). 

Direction le Bangladesh, la Turquie ou la Chine, dans les usines de filature. Pour permettre le transfert, des agents vendent les stocks de coton et autres matières premières aux usines, là autant vous dire que la traçabilité du coton devient compliquée (L’enquête de Cash Investigation est vraiment pertinente et surprenante (7)…). Travail forcé, travail infantile, manque de mesures de sécurité, violences, le tout avec un faible impact des syndicats car les employés ont peu de force de pression, ils ne sont qu’un maillon d’une chaîne bien plus grande.

Ensuite, il faut passer par l’étape de tissage des fils pour que l’on puisse obtenir ce que les marques utilisent directement pour confectionner les vêtements ou que nous trouvons dans les magasins de tissu. Là encore, il faut se rendre en Turquie, en Chine et dans bien d’autres endroits du monde… De nombreux produits chimiques y sont utilisés pour que le tissage ne s’abîme pas trop dans les machines industrielles… 

Enfin, pour l’étape de coloration, on peut se rendre en Inde, où 200 tonnes d’eaux sont utilisées par tonne de tissu, ensuite déversées dans la nature chargées de produits toxiques. En 2011, 5 métaux lourds ont été détectés dans des quantités supérieures à celles autorisées dans les eaux de Xintang, la capitale du jean et de Gurao (production de sous vêtements) (8).

Ce n’est pas fini ! Parce que là, on a seulement de grands rouleaux de tissus colorés, il va falloir se mettre à confectionner notre T-shirt. Jusqu’ici ce sera déjà bon nombre de produits chimiques toxiques, responsables de la pollution de l’eau, de la pollution des chaînes alimentaires, de nombreuses maladies touchants les populations locales et de l’exploitation voire de l’esclavage, d’enfants, d’hommes et de femmes.

3 | A vos machines !

Direction (encore) le Bangladesh (et bien d’autres pays), comptant plus de 4.500 ateliers de textile. Le pays propose une main d’œuvre très bon marché pour ne pas dire exploitée (9) où la majorité de nos vêtements sont assemblés. Là-bas, les pressions faites aux fournisseurs pour produire plus et moins cher se répercutent sur la force ouvrière qui n’a que peu de droits et qui n’est guère (pour ne pas dire pas) écoutée et respectée. De ces ateliers de confection, beaucoup de déchets sont produits; malfaçons, échecs de production… Oui oui, la mise en forme des tissus pour confectionner à votre taille ce T-Shirt (ou autre vêtement) génère près de 20 à 30% de chutes de tissu (10). Parfois même, les marques sur-commandent (3 à 10% de plus) pour finir par détruire les surplus… Rien que ça. 

Plus de 440 000 tonnes de déchets de la chaîne d’approvisionnement sont produits des suites des 2 étapes précédentes. (11)

FASHION REVOLUTION

A Phnom Penh (Cambodge), les employées gagnent 80 dollars par mois, ce qui leur permet à peine de nourrir leur famille et louer une case.

THE TRUE COST

Autant vous dire qu’ils ne sont pas les premiers clients de ces textiles qu’ils se tuent à confectionner. 

J’aimerais vraiment vous dire que tout s’arrête là… Vraiment, je l’ai espéré aussi… 

Mais après la confection, direction les camions ! 

4 | Parés au décollage, à l’abordage, au carambolage…

Après avoir été réalisé en grande quantité en Chine, au Bangladesh, en Turquie, en Inde, au Cambodge (5 principaux fournisseurs d’habillement), en ayant déjà fait quasiment une fois le tour de la terre, les habits prendront la route vers les différents pays du monde et principalement pour l’Amérique et l’Europe, dans des conteneurs pleins à craquer. (12) Tout ceci produisant plus de 1,2 Milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an… 

Un jean peut parcourir 1,5 fois le tour du monde, du champ de coton à la boutique.

5 | A vos marques, prêt partez !

“Mesdames, messieurs, bienvenus dans notre magasin, il ouvre ses portes de 10h à 20h, pour votre service.” 

Bienvenue dans le monde de la fast fashion, où l’on se demande davantage combien de petits hauts blancs on a déjà au fond de notre dressing que qui fabrique nos vêtements (#whomadeyourclothes). Là bas, ces vêtements seront vendus à des prix ridiculement faibles. Pas de quoi donner à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement l’espoir d’un revenu décent.

Vous l’aurez compris, même si l’on s’arrêtait ici, l’impact social et environnemental de notre T-shirt n’est pas terrible… Certaines politiques au niveau Européen tentent de se mettre en place mais sont très controversées. La loi lutte contre le gaspillage et économie circulaire (13) contraignant un affichage environnemental doit entrer en vigueur d’ici à 18 mois… Suspense. 

6 | Je mets quoi aujourd’hui ?

3,3 ans, c’est la durée moyenne de port d’un vêtement dans l’Union Européenne en 2015 (12). Mais comme tout bon consommateur qui se respecte, la mode n’est qu’éphémère, alors d’ici 2 mois, il faudra se procurer le nouveau top à la mode et se débarrasser de certains anciens…

Où ? Le jeter, le donner, le faire choir au fond de son armoire. Tout cela pour finir abandonné, nu d’histoire… 

Et ce n’est pas tout. A chaque lavage de nos beaux vêtements synthétiques, de nombreux micro-plastiques sont libérés dans nos canalisations. Où est-ce que nous les retrouvons ? Dans les océans (petit retour aux éléments, après le souillage des sols, c’est au tour des eaux océaniques et toute leur biodiversité de pâtir). Là bas, ces micro-plastiques sont ingérés par les poissons que nous mangeons in fine. 

Dans les fonds marins de Méditerranée, on peut retrouver jusqu’à 1,9 million d’unités de micro-plastiques par mètre carré (14)

REPORTERRE.NET

Donc si on résume, notre consommation de textile est responsable de mauvaises conditions de vie des travailleurs de presque toute la chaîne d’approvisionnement et de la pollution des terres et des eaux du monde entier engendrant par la même occasion une perte sèche de la biodiversité. Finalement, nous mangeons les micro-plastiques qui finissent dans les océans lorsque nous lavons nos vêtements… Décidément, la Mode, j’adore !

7 | Débarasse t’en qu’ils disent !

LA SUITE (ET LE MEILLEUR), AU PROCHAIN ÉPISODE… 


SOURCES

(1) Histoire de la mode : https://www.franceinter.fr/histoire/breve-histoire-de-la-mode-l-evolution-du-vetement-en-france

(2) Histoire et sociologie du Vêtement : https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1957_num_12_3_2656

(3) Whatsinmyclothes – Fashion Revolution : https://www.fashionrevolution.org/whatsinmyclothes-the-truth-behind-the-label/

(4) Des productions de coton très contrastées : https://www.universalis.fr/encyclopedie/coton/5-des-conditions-de-production-du-coton-tres-contrastees/

(5) Partout en France, éleveurs et filateurs font renaître la filière de la laine : https://reporterre.net/Partout-en-France-eleveurs-et-filateurs-font-renaitre-la-filiere-laine

(6) Le revers de mon look : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/le-revers-de-mon-look.pdf

(7) Coton : l’envers de nos tee-shirt – Cash investigation : https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=_8dwxQGMgBw

(8) Scandale environnementaux au Paraguay et en Indonésie : https://reporterre.net/A-LA-TELE-Scandales-environnementaux-au-Paraguay-et-en-Indonesie

(9) Au Bangladesh, la bataille pour la vie des ouvrières du textile : https://reporterre.net/Au-Bangladesh-la-bataille-pour-la-vie-des-ouvrieres-du-textile

(10) L’économie circulaire dans l’industrie textile – Institut économie circulaire : https://institut-economie-circulaire.fr/wp-content/uploads/2018/10/focus-textile-sept-2018.pdf

(11) The fabric swap repurposing pre-consumer waste – Fashion Revolution : https://www.fashionrevolution.org/the-fabric-swap-repurposing-pre-consumer-waste/

(12) Chiffres clés de l’Union des industries textiles 2017-2018 : http://www.textile.fr/wp-content/uploads/2018/06/chiffres_cles.pdf

(13) Loi relative à la lutte contre le gaspillage et l’EC : https://www.ecotlc.fr/ressources/Lessentiel%20Filiere%20TLC%20Mars2020.pdf

(14) Des millions de micro-plastiques découvert au fond de la méditerranée : https://reporterre.net/Des-millions-de-microplastiques-decouverts-au-fond-de-la-Mediterranee

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